samedi 14 mars 2015

Les 24 heures de la nouvelle : histoire d'une couverture (ou le making of)

Le principe des 24 heures de la nouvelle est d'écrire en 24 heures une nouvelle à partir de contraintes dévoilées au début de l'épreuve. le prochain numéro de la revue Gandahar présentera un échantillon de ces nouvelles remaniées pour l'occasion (plus de précisions à cette adresse : http://associationgandahar.blogspot.fr/ ) ;)

La couverture doit donc reprendre cette idée. Au départ, j'avais ce dessin en tête :


Ce dessin d'Edgar Pierre Jacobs est adressé le 26 septembre 1953 à Raymond Leblanc, le fondateur du journal de Tintin, à l'occasion des sept ans du journal.

Sous couvert d'anniversaire, Jacobs règle ses comptes avec Hergé, le rédacteur en chef du journal. En effet, cette même année, Jacobs proposait un projet de couverture pour le lancement de la nouvelle aventure de Blake et Mortimer, La Marque Jaune dans le périodique...


Cette couverture  fut jugée par Hergé trop impressionnante pour un journal destiné à la jeunesse : il fit donc supprimer la silhouette expressionniste aux doigts crochus, aux oreilles pointues et aux yeux globuleux ainsi que le révolver de Blake, au premier plan. 


 Il ne demeure que la fameuse signature de la Marque Jaune dans un ciel zébré d'éclairs.
Paradoxe, Blake, le militaire, se retrouve désarmé tandis que Mortimer, le civil, tient un révolver...



Jacobs se souviendra donc des modifications imposées par Hergé dans sa carte de vœux... et en tiendra compte pour la couverture de l'album qui joue sur le hors-champ (les deux héros sont saisis par une apparition hors du champ de vision du lecteur, ils regardent vers la gauche d'où semble venir un brusque coup de vent et une ombre dramatise l'effet)... La Marque Jaune s'imprime sur le mur derrière eux. (Sur le mur, apparaît la mention Limehouse dock, le lieu où se déroule une des scènes clés du récit.) Quant aux armes, elles sont invisibles (mais Mortimer ne cherche sûrement pas un mouchoir dans sa poche !)

Je me suis donc inspiré de cette carte et du projet de Jacobs pour la couverture du numéro de Gandahar. 


 Un rapide crayonné...


Et une mise en couleurs informatique.
En surimpression, le cadran d'une horloge remplace le cercle de La Marque Jaune.
Et le tour est joué.


(Les reproductions des dessins d'E.P. Jacobs proviennent de ce site, riche en informations : http://blake-jacobs-et-mortimer.over-blog.com/ )


dimanche 8 mars 2015

Les 24 heures de la nouvelle

Projet d'illustration pour le numéro Gandahar consacré aux 24 heures de la nouvelle.
Dessin + peinture numérique + montage photo.
Non retenu.

samedi 28 février 2015

Illogical !!

27 février 2015.

Disparition de Léonard Nimoy, l'inoubliable Monsieur Spock dans la série et les films Star Trek.

dimanche 22 février 2015

Quand l'Imaginaire sauve la réalité : Argo.

Argo est un film américain de Ben Affleck (2012) inspiré d'une histoire vraie : en 1979, la révolution iranienne renverse le régime dictatorial du Shah. Ce dernier, atteint d'un cancer, se réfugie aux États-Unis, le pays qui a soutenu des années durant sa dictature. Au mois de novembre, les partisans de Khomeiny pénètrent dans l'ambassade américaine de Téhéran et prennent le personnel en otage : ils exigent le retour du Shah dans leur pays afin qu'il soit jugé pour ses crimes. Six membres du corps diplomatique sortent in extremis de l'ambassade américaine et se réfugient dans celle du Canada. Argo raconte comment la CIA est parvenue à exfiltrer ses ressortissants d'un pays en pleine révolution islamique où ils étaient, ainsi que ceux qui leur apportaient leur aide, en danger de mort.

Quel rapport avec l'imaginaire ? La clé du film est que le tournage d'un film de science-fiction bidon sert de couverture à l'opération. Tony Mendez (Ben Affleck), responsable de l'opération, réussit à convaincre ses supérieurs de financer la promotion d'un faux film, Argo, afin de rendre crédible l'entreprise. Il s'appuie sur l'aide de John Chambers (interprété par l'énormissime John Goodman), le maquilleur dont le plus célèbre travail fut la confection des maquillages et prothèses de La Planète des Singes. Celui-ci aurait mis au point, d'ailleurs, une trousse de maquillage à l'usage des agents de la CIA (!?), on n'est pas très loin de Mission Impossible (!) Le producteur, Lester Siegel, est quant à lui, un personnage inventé pour le film. 

Quant au faux film, il s'agit d'un projet authentique, tombé à l'eau : l'adaptation d'un roman de Roger Zelazny, Lord of the Light. Projet ambitieux qui devait même déboucher sur la création d'un parc d'attractions. Afin de développer le visuel du film, combinant technologie et mythologie orientale, le producteur fit appel à Jack Kirby, l'un des auteurs majeurs de l'industrie du comic book (on lui doit la création, au dessin, de Captain America, des Quatre Fantastiques, de Hulk, de Thor etc.) qui réalisa les dessins de préproduction et le story-board. Ces visuels ne sont malheureusement pas utilisés dans le film de ben Affleck. Ainsi, grâce à ce projet abandonné, la CIA put donner de la densité à sa couverture et faire sortir du pays les six diplomates américains qui se firent passer pour une équipe de cinéma canadienne en repérage...


Un des visuels de J. Kirby réalisé pour le film avorté, malheureusement absent du film Argo.
Jim Lee s'est porté acquéreur de cette planche et s'est amusé d'apprendre son "histoire".
(source photo : comicbook.com)

Si ce film où la fiction sert la réalité est réalisé efficacement (en ouverture, une bande dessinée animée résume l'histoire de l'Iran, en harmonie avec le thème du récit), néanmoins il sacrifie aux impératifs d'une narration dramatique dont les effets sont appuyés : l'opération est annulée au dernier moment et l'agent Mendez décide de passer outre, forçant la main de l'agence qui doit valider les réservations pour ses passagers à l'aéroport de Téhéran au dernier moment ; les Gardiens de la Révolution sont soupçonneux juste le temps qu'il faut pour retarder l'embarquement des exfiltrés mais les laissent finalement partir, convaincus par un coup de téléphone qui confirme la fausse identité des diplomates, la communication est établie in extremis ; la photo passée à la déchiqueteuse de l'ambassade américaine d'un des évadés est reconstituée et transmise au dernier moment, dévoilant la supercherie ; les véhicules de la police de l'aéroport se lancent sur le tarmac alors que l'avion est en phase de décollage... Tous ces éléments accumulés sont destinés à entretenir le suspens, un film n'est pas un documentaire...

 Tony Mendez (Ben Affleck) au cœur de l'Iran en pleine révolution... Sous la main de l'ayatollah Komeiny...
(source photo : The Guardian.)

Par ailleurs, Argo a suscité certaines réactions de la part du gouvernement canadien qui estime qu'on a minimisé le rôle joué par le personnel de son ambassade (et les risques qui ont été pris), par exemple, les faux papiers réalisés par la CIA pour les diplomates étaient de grossières contrefaçons qui n'auraient pas fait illusion et c'est l'ambassade canadienne qui a refait les documents, de plus les Canadiens ont fustigé "l'amateurisme" des agents de la CIA, apparemment déconnectés de la réalité du terrain... En outre, le camp iranien n'était pas aussi monolithique que le montre le film et les Américains auraient bénéficié du soutien de dignitaires du régime iranien qui désapprouvaient les initiatives de la frange radicale des révolutionnaires. La réalité est souvent plus complexe qu'il n'y paraît.  

La prise d'otages de Téhéran a duré 444 jours. Elle a coûté sa réélection au Président Jimmy Carter. L'option militaire aurait été envisagée pour libérer les otages mais l'opération aurait tourné court. L'élection de Ronald Reagan a marqué un tournant radical dans la politique extérieure des États-Unis. L'opération Argo, pour la réussite de laquelle Antonio Mendez fut décoré,  n'a été révélée qu'en 1993, sous l'administration Clinton.

Enfin, lorsque George Lucas réalisa Le Retour du Jedi, au début des années 80, il se servit lui aussi de la couverture d'un faux film (Blue Harvest) pour pouvoir travailler à l’abri des hordes de fans qui auraient perturbé le tournage. Mais ça, c'est une autre histoire...